Spécimen des caractères Hamilton pour le marché français.

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Le catalogue

Caractères en bois. Le spécimen le plus complet qui ait encore été offert à Messieurs les Maîtres imprimeurs, H. W. Caslon & Cie, seuls agents de la Hamilton mfg Co, 35, rue Jacob, Paris. 1900.

Couvrure du catalogue.

D’un format de 37 X 26 cm, il compte 107 feuillets (imprimés uniquement au recto) de spécimens pour 110 feuillets en tout. Il semble incomplet (bien que la reliure de notre exemplaire ne le laisse pas penser), au regard de la description faite dans l’article de la Typologie-Tucker qui y est consacré, qui évoque pour sa part un catalogue de 250 pages (on peut supposer en réalité 125 feuillets)1.

Détail d'une "toscane".

Les caractères présentés

Ce catalogue reprend l’essentiel des caractères présentés dans le spécimen américain n°14 de 1899-1900.

Toutefois il ne présente pas le matériel (Tucker y fait référence, un catalogue à part doit exister). Pour les glyphes, pas de catchwords (ne se pratiquait pas en français), les new series of floral borders ne sont pas disponibles, ainsi que les chiffres pour calendriers perpétuels. Seulement 4 pages de bordures sont proposées, contre 6 dans l’américain. Certaines séries de fantaisies (par exemple p. 91, 92, 93, 102, 103 du catalogue original) et une script présentée comme une nouvelle création ne sont pas reprises non plus, de même pour les caractères gothiques (probablement considérées comme inutiles en France).

À noter, seul le Bradley est présenté sous son nom, les caractères à cette époque avaient encore rarement des noms, le type “grec” (une égyptienne aux angles biseautés) est aussi autoréférencé.

Détail de la nomenclature.
Détail de la nomenclature.

Les 19 dernières pages présentent ensemble des exemples de grands corps (entre 20 et 40 cicéros) des séries déjà vues dans la première partie. Dans l’exemplaire américain, les dernières pages montrent également des séries en plus grands corps, mais aussi des exemples en taille 48 à 72 lignes.

La nomenclature est la même, les caractères sont présentés sous 10 classes (de L à U) qui correspondent à une échelle de prix à la lettre et chaque dessin à un numéro de série. Le spécimen français n’est pas paginé, l’ordre pouvait donc varier en fonction du brochage.

Détail de la nomenclature.

La notice de la Typologie-Tucker vante ce qui fait la particularité des caractères Hamilton; les petits et moyens corps sont réalisés en bois debout (c’est le bois de fil qui est très majoritairement en usage en France), dans de l’alisier, les grands corps sur bois de fil dans de l’érable. Rien n’est dit par contre sur la présence ou non d’un stock à Paris, on peut aisément supposer – sauf peut-être pour quelques corps et dessins d’usage courant – que les caractères étaient envoyés du Wisconsin sur commande. Les lettres sont bien entendu proposées en hauteur française et point didot.

La réalisation

Ce catalogue est totalement en français. Il a donc bien été imprimé à dessein, pour la firme Calson. Comme on l’a indiqué plus haut, ce spécimen paraît au même moment que l’édition américaine. Au-delà de la simple comparaison des caractères qu’il contient, sa mise en forme peut nous apprendre dans quel contexte il a pu être composé et imprimé.

Comparaison d'une page de l'édition américaine (Unicorn Graphics collection) et française.

Comme le montrent l’exemple ci-dessus et le suivant, tout porte à croire que le catalogue a été imprimé en même temps que l’édition américaine (ou qu’il part des mêmes formes, peut-être conservées d’une année sur l’autre). En effet on constate sur plusieurs pages une composition quasi identique, parfois avec les mêmes mots, bien que le plus souvent les mots soient traduits (quand cela était rendu possible par la mise en page en colonne), non sans erreurs parfois (par exemple “grands bale” pour bals). On y retrouve également des phrases autoréférentiels comme celle-ci “bois de bout”, “caractères en bois de fabrication supérieure”, “remarquable caractère”…

Comparaison d'une page de l'édition américaine (Unicorn Graphics collection) et française.

Contexte et réception

Après avoir pris le pas sur la concurrence aux États-Unis (en 1900 la firme est la plus importante du pays, et a absorbé ses principaux concurrents), la Hamilton Mfg Co veut s’ouvrir un marché sur le vieux continent. Après une première prise de contact du directeur du bureau de New York de la Hamilton Mfg Co, Henry L. Bullen, en 1896, avec la maison mère Caslon à Londres, Hamilton passe une convention commerciale avec Caslon Paris en janvier 1898 [^2]. Caslon Paris se trouve être le distributeur exclusif de tout le catalogue des caractères en bois mais aussi du matériel fabriqué aux États-Unis, pour la France et la Belgique [^3].

Détail des manicules.

Pour autant, il ne me paraît pas évident que le public visé ait adhéré. D’une part, le marché était relativement bien pourvu, pourquoi alors passer par un revendeur parisien et attendre la livraison depuis les États-Unis et d’autre part, l’échantillonnage du “marché” (appelons ainsi ma pratique de collection et de documentation, on pourrait aussi parler de “veille documentaire”) et des collections existantes ne laisse pas apparaître un nombre conséquent de caractères estampillés Hamilton (je n’ai moi-même que quelques lettres, et ai rarement vu signalé une fonte complète). Mais attention, la pratique américaine de ne marquer que les A peut être la cause de cette impression. Et tout n’est pas documenté. Je ne doute pas que ce point mériterait une investigation plus approfondie.

Le catalogue complet est visible sur Flickr.

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Quelques images du catalogue.

Bibliographie et sources

  • Sur Hamilton et les caractères bois aux États Unis, voir David Shields.
  • Spécimen Hamilton’s wood type n° 14, 1899-1900 consulté en avril 2020
  • La Typologie Tucker & circulaire Cason, numéros 331 de 898 et 351 de 1900. -
Détail de la couverture.

Notes