Un nouveau fabricant de caractères bois à Bressuire !

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La bibliothèque de l’École Estienne possède un spécimen signé Dugnat et Cie, installé à Bressuire. Il est non daté, mais sur la notice du catalogue, supposé être paru vers 1850 (en fait ce serait plutôt entre 1875 et 1885, voir plus bas). Je l’ai repéré sur le catalogue de la bibliothèque il y a quelques mois, et il m’a entre-temps été généreusement signalé par un étudiant de l’école (merci) qui m’a donné la possibilité de le voir.

Ce qui fait à mes yeux le grand intérêt de ce spécimen, c’est bien sûr que ledit Dugnat est établi à Bressuire, que je ne le connaissais pas et que c’est donc un autre de ces pionniers de cette industrie qui a fleuri dans cette ville pendant plus d’un siècle.

Questions et suppositions

Le sous-titre du spécimen annonce “Atelier de gravure sur bois” sans plus de précision puis vient la spécialité. On peut supposer que cette spécialité, “les caractères pour affiches” n’est pas le premier “métier” de Dugnat.

On serait donc en présence (supposition non fondée…) dans cette ville à des “reconversions” opportunes dans une industrie naissante en France.
Il est aussi intéressant de noter que dans cette région on exploitait le bois de cormier (un poirier), d’ailleurs une publicité de Ploquin indique qu’il exploite lui-même un tel bois.
La concentration à Bressuire de fabricants s’explique donc peut-être en partie par ces conjonctions : un pionnier (Chabauty), la réussite, les imitateurs et la concurrence (Ploquin concurrent de Audebaud).

Le specimen de Dugnat

Il est édité par P. Godet à Saumur. Paul Godet, imprimeur actif entre 1839 et 1858, la raison sociale reste cependant la même avec son fils, jusqu’en 1916. Difficile donc de réduire la fenêtre de datation avec cet élément.

Sa page de titre donne un certain nombre d’informations :

Spécimen. Atelier de gravure sur bois. Spécialité de caractères pour affiches. Coins et filets d’encadrement / Dugnat et Cie, graveurs à Bressuire (Deux-Sèvres)

C’est un spécimen d’une grande richesse qui compte environ 90 pages de polices allant de 5 à 80 cicéros. Il propose en outre des filets anglais et des bordures.

Seule indication “technique”, cet avis en page des compositions des polices :

M. les imprimeurs peuvent se persuader que toutes les lettres sortant de notre atelier seront bien confectionnées et en bon bois, et qu’elles auront baignées dans l’huile pendant 24 heures.

Nous ne saurons pas quel bois, quand au bain d’huile (en général de l’huile de lin), il permet de saturer le bois afin de l’empêcher de “boire” l’encre, et aussi de le rendre plus résistant à l’humidité et aux insectes.

Quand ?

Au vu de son contenu, on peut être effectivement tenté de le dater des années 1850, mais pour le moment la raison sociale Geffard et Dugnat (orthographié Dunias) n’apparaît dans l’Annuaire du commerce qu’en 1875. Par ailleurs un Dugnat, Guillaume (1837-?) est recensé à Bressuire sous la profession de graveur en 1881. J’inclinerai donc pour une période d’exercice entre 1875-1885.

Quoi qu’il en soit, il présente des polices que pour ma part je n’avais encore jamais vu, ni en bois ni en plomb. De même jamais je n’avais rencontré ce nom, et je n’ai jamais vu de marque “Dugnat”. Les recherches sur internet n’ont encore rien donné (à part les mentions citées plus haut), ni dans la presse spécialisée, ni ailleurs.

À suivre …